Le 04 mai est une date pas comme les autres

Publié le 4 Mai 2015

Le 04 mai est une date pas comme les autres

1 an - Samedi 04 mai 2013

Et bien voilà, nous y sommes. Un an que mon chéri est parti. 365 jours sans lui.

Ce matin avant de partir pour l'abbaye, nous sommes allées lui faire un petit coucou au cimetière et déposer sur sa tombe du muguet et des Véronique

Je suis venue chercher chez les sœurs, le calme et la sérénité et j’espère que cette mini retraite m’apportera une paix durable.

Ma chambre est spartiate mais suffisante, une table, un lit, une armoire, un lavabo, un fauteuil et par la fenêtre, j’aperçois le clocher de l’église et le chemin qui descend à la rivière.

Il fait beau et l'ambiance est apaisante.

Une petite sœur me prend sous son aile. Elle me prête une oreille attentive et me permet de raconter ma vie et ce qui s'est passé il y a juste un an.

Après le déjeuner, je fais une petite promenade sur les bords de la rivière. J’ai les larmes aux yeux de me retrouver là seule.

Des souvenirs d’enfance affluent.

Cette inactivité, cette absence de médias est un bienfait. J’apprends à méditer, à me laissé aller à mes pensées les plus intimes.

Le début de ma nuit est difficile, Un grand froid m' envahit le corps. Je suis prise de nausées et de maux de tête. C’est son heure de mort, je connais malheureusement trop bien cette angoisse de début de nuit.

Les sœurs chantent et prient sans cesse. Elle proclament Jésus Christ ressuscité avec tant de ferveur et d'absolue conviction.

Une phrase tirée d’un psaume me donne le sourie 

« le deuil se transforme en joie ».

Je lis beaucoup depuis mon arrivée et une passage d'une livre d’Eric Fiat retient mon attention

« En hiver tout ce prépare déjà à la renaissance à venir. Tout se meurt circulairement, tout reviendra. La mort est toujours intégrée à cette aventure, elle n’est pas un scandale. Dans la nature la mort n’est qu’une métamorphose, c'est-à-dire qu’elle n’est rien »

Ici avec les sœurs, je découvre la force du sourire.

Il parait que ma souffrance est une « souffrance de l’amour;

J’entends qu’il faut aimer sans attendre en retour.

J’entends que je suis aimée. C'est beau et émouvant

Je repars avec la certitude que mon ange du ciel a un puissant pouvoir de VIE sur moi.

Je souhaite de tout cœur que lorsque la souffrance sera trop forte, j'aurais la ressource de me rappeler cette espérance.

Le deuil se transformera peu à peu en allégresse.

J’ai rallumé mon étincelle de vie, j’ai trouvé la paix et j'ai Foi que mon tendre chéri poursuive cette existence d’infini amour.

"N'est pas peur, parce que tu es en joie et toujours avec moi"

Le 04 mai est une date pas comme les autres

2 ans - Dimanche 04 janvier 2014

Deux années ont sonné à l'horloge du deuil.

Ma perception du temps qui s'écoule est devenue étrange, je me rends bien compte que deux fois 365 jours se sont écoulés depuis cette nuit tragique et pourtant le traumatisme, le manque, toute cette douleur qui m'ont assailli font que le temps s'est figé puis a redémarré à pas de fourmi.
                  Alors deux ans pour un deuil d'un amour si fort, c'était hier.

Je sens les premiers bénéfices de la reconstruction malgré des jours encore difficiles et une hyper sensibilité latente.
Il ne faut pas s'illusionner. L'expression faire son deuil n'est pas adaptée. Je comprends, je sais que la vie durant, il y aura des dates, des lieux, des musiques, des odeurs, des événements qui seront synonymes de réminiscence, de nostalgie, de manque, d'émotions et de larmes.
Plus rien ne sera plus jamais comme avant et à tout jamais le départ prématuré de mon mari laissera une trace dans ma chair et une plaque là bas au cimetière.

Et pourtant je suis "normale", de cette nouvelle normalité de veuve.
Plus personne ne s'émeut, ne s'étonne de ce fait.

Qui sait encore qui était mon chéri ?

Un proche de ma famille a dit : "au bout d'un moment, il y a plus rien à dire".
Cette parole qui m'a un peu surprise, m'a aussi fait réfléchir.
C'est vrai que les choses à dire, les souvenirs, les réflexions, les enseignements de nos défunts sont fonction des liens que nous avions avec eux.
Chacun d'entre nous sait qu'il aura sa vie entière à dire, à penser, à aimer, à transmettre, à s'enrichir d'un conjoint, d'un enfant, d'un parent disparu.....
Mais au bout d'un moment, plus où moins maladroitement, chaque endeuillé s'entend dire "ça suffit », sort de ton deuil.

Au bout d'un moment, la référence à notre douleur dérange.

Pour moi il demeure intact dans mon cœur, dans mon quotidien. Toujours si présent, si vivant. Chaque jour je pense à lui, je lui parle, je le prie, je l' implore.

Je m'ennuie pourtant de ne plus le voir. J'aurais tant besoin de ses bras autour de moi, de sa bouche sur la mienne, de sa chaleur dans notre lit.

Souvent, j'échafaude le «s'il revenait »

Il constaterait que le jardin est bien entretenu. J'ai créé un petit jardin de carrés potagers qui le ferrait sourire et mon bassin à poissons minuscule le ferrait s'esclaffer.

Il critiquerait gentiment mon ciment et le rafistolage imparfait des volets.

Peut être adopterait il l'association que j'embauche pour tailler les haies.

Il reprendrait ses tâches et la gestion de nos comptes que je lui céderais bien volontiers...

Et la vie reprendrait là où on l'avait interrompu, plus riche encore, plus conscients de sa qualité et de notre amour.

Tient au fait je vais faire ravaler la façade, oui je sais, c'est un peu cher mais c'est moi qui décide toute seule maintenant et je veux garder notre maison en état.

Ce n'est que le fruit de mon imagination, il ne reviendra pas

Je crois que j'ai vieilli, je deviens un peu mémère, j'ai perdu le goût d’être belle et ça il n'aimerait pas.

J'espère que je suis toujours belle dans ses yeux, dans ses yeux éternels.

J’intègre que la vie a un début et une fin. Une durée aléatoire pour chacun d'entre nous. L'accueil de cette réalité remplace la révolte et les questionnements.
Cependant, je n'ai pas encore atteint la phase où les pensées "d'avant", les références à mon amour m'apportent une totale sérénité et paix.

Cette année, j'ai appris à accepter le "je". Une redéfinition de mes relations aux autres et à moi même.

Je me sens moins seule et étrangère au milieu des gens, sauf peut être encore dans ma propre famille. 

Socialement, je m'intègre peu à peu dans d'autres groupes, avec d'autres amis où j'existe en tant que "moi", ou je revois me priorités.
Cette épreuve a aiguisé mon regard, ma perception des choses et des gens. Je ne supporte plus les gens qui se plaignent sans cesse, qui ne prennent pas le temps de s’arrêter à l’essentiel.
Cette tâche « sociale » a été l'un des challenge de cette deuxième année et demande beaucoup d'énergie et de courage.
Pas encore simple pour certains proches d'intégrer mes nouvelles données de vie.

La redéfinition des relations aux autres est complexe et demande un chemin d' introspection que je sais encore long et qui est aussi parfois douloureux.

Je me sens aujourd’hui ni heureuse, ni malheureuse. 

Je me sens dans une sorte de neutralité bienveillante où j'aspire à vivre ici et maintenant en essayant de ne pas trop penser à demain.
                     Une philosophie de vie ou j'ai chassé les « vivement que».

Mon deuil s'inscrit peu à peu dans mon histoire de vie.

Il prend peu à peu sa juste place.

Le 04 mai est une date pas comme les autres

3 ans - Lundi 04 mai 2015

Quelle trace mon mari a t'il laissé sur cette terre?Et plus largement que reste t'il de chacun d'entre nous après notre mort?

Il est parti sans faire de bruit et j'ai relu ce matin l’épitaphe inscrite sur une plaque de sa sépulture

«  Ce qui fait la valeur d'une vie, ce n'est pas sa longueur mais sa qualité. Certaines vies qui nous semblent écourtées sont les plus riches au regard de Dieu »

J'ai déposé mon bouquet de lilas mauve. Dans le ciel où alternaient pluie et soleil, j'ai guetté un arc en ciel qui n'est pas venu.  

Alors je me suis rassasiée du printemps qui embaume le renouveau.

Son nom est prononcé maintenant avec naturel et souvent cela illumine mon visage. Je parle aussi souvent « du papa » de mes filles, plus en capacité au fil du temps de mesurer leur propre deuil, leur propre manque.

Avec humour chacun l'invoque s'il a quelque chose à résoudre

Je pense toujours à lui à chaque instant. Il est une présence permanente qui donne au temps une toute autre dimension.

Son décès date de trois ans et comme il est toujours là, cela semble tout proche.

Pour moi, il poursuit très clairement son parcours dans mon cœur, dans mes pensées, dans ma vie.

Je me sens sereine et grandit de cette épreuve que j'accepte désormais sans trop regimber.

Je crois que j'ai aussi retrouvé mon sourire et une certaine joie de vivre.

Une amie m'a écrit ce matin

"tu t'es révélée , tu t'es transcendée, tu nous as surpris,bousculés, tu nous as entraîné et toujours vers du positif, vers l'amour....."

Je sais, j'accepte comme cet hiver où une mauvaise grippe m'a beaucoup affaibli, qu'il y aura toujours des moments dépressifs et des larmes qu'il faut laissé couler.

 

La journée fut sereine, mon âme respire à l'unisson avec la sienne

Rédigé par Véronique

Publié dans #Dates anniversaire

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Yohann 05/05/2015 15:52

Je reste sans voix !

Car tes propos sont tout à la fois le vécu et le chemin parcouru, avec Dominique, avec sa pensée et sa présence en toi.

Que de douceur tu mets dans l'avancée sur ce chemin, année après année, avec toute la conscience de l'importance des pas faits et de l'évolution que tu as su mener.

"Faire son deuil" est en effet impropre et l'expression du "Chemin de deuil" est certainement très belle et plus réelle.
Car sur ce chemin, tu n'es pas seule et Dominique est toujours là, avec et en toi.

Un guide qui doit sourire et être fier ... et il n'est pas loin de toi.

Bises

Yohann

Véronique 05/05/2015 17:57

C'est pour ça qu'écrire, laisser des traces de ce chemin de deuil est primordial pour mesurer où l'on en est.
Une amie près de chez moi qui a aussi perdu son mari m'a m'écrit ce matin après la lecture de mon texte du 04 mai 2015 envoyé par mail à ceux qui ne vont pas ni sur le blog ni sur FB.

"Tu exprimes ce que je resses moi-même après 6 ans et que je partage avec ma copine O qui a perdu son époux il y a 19 ans.
Leurs présences , est "enveloppante", j'ai presqu'envie de dire, câlinante, elles nous permettent d'être sereines,
de donner une plénitude à nos vies, de partager plus profondement les joies et les peines de ceux que l'on côtoient, de goûter les petits bonheurs quotidiens, d'avoir la force et le désir d'être toujours au service des autres et d'y puiser une joie profonde.
Avant, je n'aurai pas pu imaginer cela, je croyais que je ne pourrais pas survivre...
Merci Véro pour ce partage en toute simplicité et amitié" MM

Souricette (Marie) 05/05/2015 00:45

Triste et beau récit à la fois,

Triste de par la perte tragique et inattendu de son aimé
Et beau par une renaissance remplie encore de beaucoup plus d'amour...

Il en faut des jours et des jours pour accepter,
Il y aura encore des larmes à sécher,
Mais il y aura toujours ton cœur pour te guider...

Amitiés

Marie

Véronique 02/02/2016 14:34

Je n'avais jamais répondu à ton message Souricette Marie que je ne vois plus sur mes blogs. j'espère que tu vas bien.
Avec toute mon amitié