Où s'en vont ceux qui nous manquent de Yves Duteil

Publié le 14 Janvier 2016

Où s'en vont ceux qui nous manquent de Yves Duteil

Où s’en vont ceux qui nous manquent ? Nous accompagnons leurs corps jusqu’en terre et puis après ?...

Nous fleurissons leur mémoire, nous leur parlons comme s’ils étaient encore là, quelque part, inaccessibles mais présents, bienveillants et sages. Que donnerait-on pour une réponse, un conseil de leur part, un mot pour dire… « Je veille sur vous » ?

Et il nous suffit de les évoquer pour qu’ils nous sourient dans notre plus beau souvenir, de leur visage le plus lumineux. Nos absents nous accompagnent. On ne peut rien leur cacher puisqu’ils nous regardent avec nos propres yeux. C’est une étrange et intime conviction que l’on ne peut partager qu’avec ceux que l’on aime, dans la confiance de n’être pas raillé, mais, au contraire, conforté.

Ceux qui nous manquent remplissent le vide de leur absence par une présence silencieuse et tendre. Toujours disponibles, ils sont auprès de nous, derrière nos paupières closes, dans les moments de doute ou de peur, dans les joies profondes.

Dans la douleur de les avoir perdus, il y avait cette impuissance à les retenir, à les aider, à les accompagner. Dans le chagrin de leur absence, on a le sentiment d’être guidés par eux, de leur conférer un rôle qu’ils n’ont ainsi jamais perdu.

En fermant les yeux, ils nous laissent leur regard, à la façon d’une boussole. Peut-être ont-ils besoin eux aussi de nos pensées, de nos lumières, pour éclairer leur route ? Le chagrin n’est que le revers de l’amour. Mais c’est encore de l’amour. Qu’il serait « triste de n’être plus triste sans eux… ».

Au Panthéon de nos cœurs, nos absents ont toujours raison. Si l’on devait faire le portrait du bonheur, il aurait parfois le visage du chagrin, et la quiétude bienveillante de ceux qui nous ont quittés mais qui veillent sur nous tendrement. C’est une image apaisante pour s’endormir, pour s’orienter, ou se perdre dans leur sourire. Il y a un peu d’infini dans cet amour-là. Ceux qui nous manquent semblent si sereins, si proches, comme en apesanteur…

Est-ce qu’ils trouvent en nous leur chemin vers ailleurs ? Alors les vivants deviendraient la maison de ceux qu’ils ont aimés. Et si un jour ils n’existent plus pour personne, auront-ils vraiment disparus ?

Se sentir aimé de son vivant, c’est savoir qu’il existe quelque part un après, un moyen de poursuivre la route ensemble. L’absence n’est pas qu’un vide. C’est aussi de l’amour qui nous accompagne. Servir encore, être utile à quelqu’un… Un beau destin pour nos absents…

Où s'en vont ceux qui nous manquent de Yves Duteil

Rédigé par Véronique

Publié dans #Beaux textes

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Yohann 16/01/2016 15:21

J'ai surtout l'impression qu'ils existent toujours avec nous ... mais sans nous.

Le plus dur dans la mort n'est pas où on va, ça je crois le savoir, non, c'est de savoir que notre mort va entraîner de la souffrance aux autres.

Où ? Vivants et morts sont ensembles dans une même vie; simplement, celui qui est parti a abandonné son aspect physique pour n'être plus "que" son âme dans cette même vie qui elle, est infinie.
D'où cette sensation d'être si loin et en même temps si proche l'un de l'autre.

Véronique 16/01/2016 15:33

Cette souffrance qui semble inéluctable à divers moments de nos vies reste un mystère. A la grande question universelle du POURQUOI, souvent aucune réponse mais un panel de sentiments et de réactions.
Et puis ceux qui s'en vont effectivement quittent sans doute uniquement leur enveloppe charnelle et poursuive leur évolution dans cette dimension invisible.

Je te rejoins à nouveau, ils sont loin dans le sens non présents et tellement proches à la fois. L'expression loin des yeux, loin du cœur est ici complétement erronée.