Chapitre 24 : Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

Publié le 19 Mars 2016

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

Quel genre de vacances prendre lorsqu’on se retrouve seule et un an plus tard, toujours en grosse souffrance.

J’écarte d’office le type de vacances que nous prenions ensemble.

Que pourrais-je bien faire dans un club de vacances?

J’étudie les vacances pour célibataires, mais être veuve n’a rien à voir avec un célibat.

A force de recherches, j’opte pour une petite station thermale et un programme bien être.

Je débarque un samedi dans un petit logement propret à la déco d’une autre époque.

Je fais de gros efforts pour le soir venu rejoindre les autres locataires au pot d’accueil organisé par la propriétaire.

J’ai peur qu’on ne me prenne pour une vieille fille et je brandis assez rapidement mon veuvage et mes filles.

Je n’existe plus que dans cette perte n’ayant pour le moment recréé aucune identité personnelle.

Je rentre un peu plus tard dans mon appartement et me parviennent par la fenêtre ouverte, des notes d’une grande tristesse. Un guitariste de rue chante sous ma fenêtre et je l’écoute si nostalgique du passé, une fois de plus, je mets à pleurer.   

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

La ville est assez animée mais j’ai perdu tous les repères péniblement recréés ces 15 mois derniers mois.  Mes amis, ma famille sont absents, je suis complétement seule et inactive de surcroît. 
Les spectacles ont beau être jolis, je ne sais quoi faire de moi. Je ne sais pas comment trouver ma  place dans une foule où les gens vont par deux ou avec des enfants. Il me semble que tous les regards convergent vers ma personne. Je me sens étrangère, déboussolée, perdue dans un monde parallèle.  Ou que j’aille, je me trouve incongrue.

Qu’ils sont longs à apprivoiser,

ce corps démantelé, ce cerceau bouleversé et cette psyché  torturée.

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

Je marche un long moment chaque matin dans des chemins peu fréquentés, je m’assois sur un banc tout comme cette grand-mère tout aussi isolée.

Pour me donner une contenance, je sors un magazine, un livre de mots croisés et je fais semblant de m’occuper.

Mais qu’est-ce que je « fous » là?

 Nous devrions être en bord de mer à bronzer sur le sable chaud, nous devrions nous balader main dans la main sur le port animé. 

Il faut cesser de pleurnicher, je ne retrouverais jamais « avant »
 

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

Malgré tout,  les soins me font du bien, me relaxent, rythment mes après-midi.

J’écris des cartes postales :  «vacances relax, je me repose », faut bien dire quelque chose, fabriquer un succédané de normalité.

Et je bouquine, je lis aux bonheurs des dames de Zola avec une grande neutralité de sentiments.
« Qu’as-tu fait aujourd’hui ? », me demande ma mère au téléphone.

La question me dérange, je ressens comme une honte à ne pas faire grand-chose.

Que puis-je répondre d’intéressant ? Mon ton acerbe camoufle à peine mes sanglots retenus !
Le récit des vacances, c’est toujours un peu la surenchère du soleil, des corps bronzés, des restos, des visites…

Il y a pourtant à faire et à voir dans cette petite ville sympa : des spectacles, des conférences, des activités artistiques, le casino, des excursions dans le coin…

C’est bien, un manque d’énergie qui m’empêche de bouger.

Après tous les efforts de cette dernière année, je n’ai aucune envie de me forcer, de combler à tout prix ces heures de vacances qui se déroulent au ralenti. 
 

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

J’arrive au terme de ces sept jours d’isolement. Je n’ai pas échangé plus de dix mots par jour.  

Au fil de la semaine, la  lutte épuisante des regrets a un peu baissé en intensité. J’ai travaillé sur l’observation de moi-même. De ce qui se passe dans mon cœur, mon corps et ma tête.

J’ai  goûté au repos total sans obligations, horaires et même projets.

J’ai tenté de ne vivre que le moment présent et c’était à la fois étrange et puis de plus en plus rassurant. 

L’ennui s’est peu à peu transformé en lâcher prise.

Lire allongée dans un fauteuil,  prendre le soleil dans le parc, ressentir les massages lors des soins de bien être, manger une boule de glace au nougat, m’émouvoir de la musique du guitariste. Rien de spécial et à la fois tellement de moments uniques pour prendre le temps de me redécouvrir et de me détacher du regard d’autrui.
 

Un jour viendra où je sortirai de cette neutralité, où je retrouverai un peu d’excitation de vie, des plaisirs attendus, des désirs, des projets…
 

Chapitre 24 :  Retrouver mon identité en vivant l’instant présent

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Publié dans #Le chemin

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