Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

Publié le 28 Mars 2016

Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

Un an et trois mois, les jours de deuil s’ajoutent aux jours tout court.

Mes parents fêtent leurs noces d’or et je trouve la force d’organiser quelques surprises.  Je crois aussi que c’est une façon de ne pas trop penser, de maitriser un tant soit peu cet évènement que j’appréhende entre tous.

Comment ne pas penser que ce bonheur

de vieillir ensemble nous a été enlevé ?

Je me prépare psychologiquement à cette journée, je veux être en capacité de choyer et d’entourer mes parents.

Et tout se passe pour le mieux,  je parle, je ris, je trinque…
Mon ange est là invisible mais tellement présent. J’entends ses blagues, son rire comme à tant de repas familiaux que nous avons partagés.

Qu’il doit être heureux de me voir 

sereine en ce jour de fête.

Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

Puis c’est l’heure  du diaporama de rétrospective familiale et ça c’est trop pour moi. Je m’isole dans une chambre et j’entends pleurer mes filles.   

Quelle charge émotionnelle pour nous trois que toutes ces photos d’un passé si proche et tellement vivant.

La journée se poursuit, je sèche mes larmes et je danse un peu parce que j'en ai envie.

Et voilà que  ma tante me dévisage… Et un vent de culpabilité m’envahit, ai-je le droit de m’amuser ?

Je continue de danser mais je suis maintenant bouleversée et je pleure sans larmes. Une sensation étrange que les endeuillés connaissent bien, une façon automatique de garder la face en public alors que tout son être est secoué d’émotions. Je ne saurais pas expliquer ce qui se passe mais je pleure en dedans. 


 A force de regards, je finis par pleurer pour de bon

Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

Ma tante peut être rassurée car elle n’était pas loin de penser que je paraissais bien gaie pour une veuve d’un an.
Et elle n’est pas la seule. Très récemment une personne bien intentionnée m’a dit que je m'étais vite remise. Comment peut-on entendre de telles absurdités ?

Qu’on se le dise, qu’on se le répète, un deuil n’est jamais terminé. On porte sa douleur à vie, même si elle ne se voit plus, elle n’est pas loin enfuie dans un coin de son cœur.

La route est interminable, je la poursuis avec courage car il faut bien poursuivre et vivre ce qu’il me reste à vivre.  Alors lorsqu’un moment d’apaisement vient adoucir la peine, vient contribuer à la reconstruction, il faut le prendre à bras le corps.

 Je crois à ces mots qui me portent : au bout du tunnel, il y a un arc en ciel  et  tant de belles choses à vivre encore.

Cette belle journée en est la preuve et je la savoure malgré mon chagrin.

 

Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

La nuit est arrivée,  je regagne  ma chambre et couchée dans le noir, cachée  sous les draps froids, je m’effondre.  Dans le secret de mon alcôve, je peux enfin me plaindre de n’avoir personne avec qui partager les impressions de cette journée.

Le lendemain, sur la route du retour, toute trace de joie semble à nouveau partie, je ne peux m’arrêter de pleurer.
Avec ma fille, nous avons ce besoin de parler de son père.  Que c’est dur d’entendre une jeune fille appeler son papa.


Et puis, c’est à nouveau ma solitude, notre maison et mon cœur bat, de cette excitation de rentrer chez soi.

Notre lit, notre jardin, notre village me manquaient. Sa tombe au cimetière me manquait.

Quoi qu'il advienne de moi, dans un coin de ce cimetière repose à jamais celui que j'aime. 
 
Ma vie de maintenant n' est qu'une ramification de la vie d'avant.

Comme un arbre frappé par la foudre, j’ai cru que je ne repartirais pas mais au printemps j’ai remis des pousses sur le bois fracassé.... 

Chapitre 25 : Vivre une fête dans la tourmente du deuil

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