Elle est partie sans faire de bruit – Texte de Bernard en hommage à sa maman

Publié le 12 Mars 2016

Elle est partie sans faire de bruit – Texte de Bernard en hommage à sa maman

Petite maman,

C'est souvent quand ils sont partis qu'on voudrait dire « je t’aime » à ceux qu'on aime. On ne dit jamais assez « je t'aime ».

Mais vois, petite maman, nous sommes tous là pour te le dire une nouvelle fois, et ce ne sera pas la dernière. Vois, nous sommes tous là, tes enfants que tu as tant aimés, tant choyés durant toute ta vie, auxquels tu as consacré chaque minute et chaque seconde de ton existence.

Vois, nous sommes tous là, et avec nous tous tes petits-enfants, même ceux qui n'ont pas pu venir, et avec eux tous tes arrière-petits-enfants, même ceux qui n'ont pas pu venir.

Vois cette grande famille, cette tribu devrais-je dire, rassemblée autour de toi pour t'accompagner dans ton dernier voyage.

Ah ! des voyages, tu en as fait si peu et tant à la fois, toi la petite fille blonde d’Allemagne, qui erras à travers ton pays en guerre, pour t'occuper d'enfants. Déjà.

Jusqu'à cette année 1946 où un envahisseur français vint t'occuper. Cet étranger, cet espagnol, ce maure comme l'appelait ta mère, notre père, a su capturer ce cœur, que convoitaient tant de garçons de ton village, et il t'a ramenée conquise avec ta petite valise en carton.

Tu es toujours restée discrète sur tes premières années, au lendemain de cette guerre maudite, tu ne parlais pas français mais tu devais très bien comprendre ces mots imbéciles que certaines langues de vipère te balançaient méchamment. Pourtant, très vite, tu as su par ta gentillesse et ton sourire gagner l'amitié et le respect de tes voisins. Tu as même rencontré à cette époque un étrange personnage, réputé sauvage, mais ravi de pouvoir parler allemand avec une aussi charmante jeune femme.  

Et puis vinrent les premiers enfants  et les murs du minuscule  appartement de grand-mère devinrent trop exigus pour tout ce petit monde. Et ce fut le déménagement en HLM, à la limite de la ville, puis la venue des six autres frères et sœur, élevés au mieux dans ce quartier populaire, élevés si bien que tu méritas amplement cette Médaille d'or de la Famille Française, qui te valut à l’Élysée une accolade chaleureuse de la part du Président Chirac.

Petite maman, sois fière de toi, tu as bien travaillé. Sois infiniment remerciée pour ta gentillesse, ton dévouement sans faille, ta tendresse, tu es une belle personne, une magnifique personne. Je souhaite pareille maman à tous les enfants du monde.

Tu nous a quittés doucement, tout doucement, sans faire de bruit, sans vouloir déranger, comme à ton habitude. Je suis sûr que tu vas retrouver en des lieux plus sereins ton mari parti trop tôt, et puis ton fils et puis ta petite-fille partis trop jeunes, et puis tes sœurs dont tu as été si longtemps séparée. Avec elles tu vas pouvoir rechanter quelques comptines de ton enfance, dans ta langue maternelle que tu n'oublias jamais.

Petite maman, kleine Mutter, ich liebe dich. Wir lieben dich.

Rédigé par Bernard

Publié dans #Textes de mes amis de deuil

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Véronique 12/03/2016 22:14

Oh Bernard,
Quelle émotion à la lecture de cet hommage à ta maman.
Les mots que l'on dit à haute voix devant l'assemblée réunie disent beaucoup de soi, de sa famille, de l'amour dont on enveloppe les morts et les vivants réunis.
Ce n'est pas un adieu, c'est tellement plus qu'un hommage, c'est une grande chaîne infinie de vies avec ce que chacune renferme de joies, de peines et du temps de naître et de mourir...
Merci de partager ce moment de communion avec votre famille et ta maman qui l'espace d'un instant s'est animée dans l'amour que les siens lui portent.
Tu vas voguer quelque temps, le cœur lourd, orphelin de ce dernier pilier mais tellement riche de ce qu'elle t'a offert et transmis.
Avec toutes mes condoléances et mon amitié.

Tu m'as joliment écrit:
"ce mot que j'ai écrit pour ma maman est pour toutes les mamans du monde et tu peux en informer le monde !"