Tu es là

Publié le 4 Mai 2021

Tu es là

En mai 2012, ta tombe, mon chéri était la première de ce nouveau cimetière. Neuf années, plus tard, d’autres compagnons t’ont rejoint, des noms connus pour la plupart. C’est le privilège de l’âge que de connaître de plus en plus de morts et d’endeuillés.

Les sépultures évoluent, les conjoints n’hésitent plus à écrire leur propre nom avec une date en suspens ou placardent même leur photo. Moi-même, j’ai bien mis une plaque avec une photo de nous deux. Le conjoint endeuillé est tellement proche de la mort de son compagnon qu’il lui semble le rejoindre un peu en s’associant à lui sur la stèle. Le conjoint survivant sait bien qu’un jour ou l’autre, il rejoindra son aimé sous la dalle de pierre.

 À Noël, je vois des tombes avec des sapins et des guirlandes. D’autres sont très animées avec des décorations ostentatoires en tout genre. Le cimetière se veut vivant, une continuité de la vie d’avant. Moi, je continue de te mettre des fleurs que j’irais arroser tout l’été.  

Ce qui me frappe également ces dernières années, c’est le nombre de sépultures sans pierre tombale. Des tombes qui restent en ciment brut ou sont juste recouvertes de sable sans nom, ni plaque. Peut importe l’enveloppe, nous finissons tous, poussière. Le cimetière est un lieu pour les vivants, car nos morts eux sont partout où nous sommes.

Le nombre de morts est encore modeste et le lieu reste très bucolique, recouvert de pissenlits. Un champ des morts qui sent bon la campagne, la rosée ou l’herbe coupée. Un cimetière au coin de ma rue… Un jour, je déménagerais et je frémis déjà de te laisser.

Il y a peu, j’ai accompagné une amie qui a perdu sa maman et à du mal à s’en remettre. Je lui ai prêté le livre de Christophe Fauré, Vivre le deuil jour après jour. Elle m’a dit qu’elle s’y retrouvait. Christophe Fauré est habité de ce sujet du deuil et il a reçu et échangé avec tant d’endeuillés qu’il en maîtrise tous les détours.

Je m’aperçois moi, avec le temps qui passe que d’avoir vécu un grand deuil, une grande souffrance ne permet pas de vivre la douleur d’autrui. Cela donne sans doute des propensions à être plus empathique, mais il est difficile, neuf ans plus tard de décrire ce terrible vécu de début de deuil qui fut le mien, qui fût celui des endeuillés anciens. Je suis heureuse en son temps, d’avoir pu trouver des mots pour décrire ces moments, cet état. Je ne veux pas oublier, je ne veux pas qu’on oublie cette douleur de t’avoir perdu.

Dans le jardin, cette année, le lilas est en retard, il fait encore trop froid. Le lilas, pourtant, va finir par refleurir, mais il est à l’image de 2021, il peine à refaire surface après 18 mois de vie de confinés pour cause de Covid.  

Malgré la situation sanitaire, le travail compliqué, je poursuis une vie calme et tranquille. Quoi que je fasse, où que j’aille, tu es là quand je ris, quand je pleure quand je respire. La connexion entre nos âmes est permanente et éternelle. Mon chéri, n’oublie pas que je t’aime.

Hommage des 9 ans, Véronique pour Dominique

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